L'odorat des chiens utilisé pour détecter certains cancers
LEMONDE.FR | 24.09.04 | 14h46
Pour David Neal, chirurgien et cancérologue de l'université de Cambridge, spécialiste de la vessie et de la prostate, il est possible que les chiens, dotés d'un odorat 10 à 100 000 fois plus puissant que celui d'un être humain, sentent "l'odeur du cancer", car les personnes malades sécrètent un taux anormal de protéines dans leur urine.
Les chiens peuvent être entraînés à détecter l'odeur de l'urine de patients souffrant d'un cancer de la vessie parmi d'autres échantillons, selon une étude britannique à paraître samedi 25 septembre, dans la revue British Medical Journal.
Pour David Neal, chirurgien et cancérologue de l'université
de Cambridge, spécialiste de la vessie et de la prostate, il est possible que
les chiens, dotés d'un odorat 10 à 100 000 fois plus puissant que celui d'un
être humain, sentent "l'odeur du cancer", car les personnes malades sécrètent un
taux anormal de protéines dans leur urine.
UN RÉSULTAT "HAUTEMENT SIGNIFICATIF"
Plusieurs cas de chiens ayant montré une attention particulière pour une lésion cancéreuse de la peau (cité en 1989 dans la revue The Lancet), voire des cancers du sein ou du poumon chez leur maître, avaient déjà été rapportés dans la littérature scientifique, rappellent Carolyn Willis, du département de dermatologie de l'hôpital d'Amersham, en Angleterre, et son équipe.
D'où l'idée d'entraîner six chiens à identifier les personnes souffrant d'un cancer de la vessie d'après l'odeur de leur urine. Lors du test final, chaque chien devait identifier, parmi sept échantillons d'urine, le seul correspondant à un patient souffrant d'un cancer de la vessie. Le test était effectué neuf fois par chacun des six chiens, soit 54 essais au total.
Les chiens ont correctement sélectionné l'échantillon dans 41 % des cas, en s'allongeant à côté, soit un taux de succès trois fois supérieur au simple hasard (14 % de réussite). C'est un résultat "hautement significatif", souligne Tim Cole, professeur en statistiques médicales de l'Imperial College, à Londres.
L'urine de 36 patients cancéreux (27 échantillons pour l'entraînement et 9 pour le test final) et de 108 autres personnes (groupe de contrôle comportant autant d'hommes que de femmes) a été utilisée lors de l'étude.
Parmi les échantillons de contrôle figuraient aussi ceux de personnes souffrant de troubles urologiques d'origine non cancéreuse, ou d'infections, contenant des traces de sang. Les chiens avaient été entraînés à ignorer les odeurs qui n'étaient pas spécifiques du cancer.
Lors de l'entraînement, les chiens ont même conduit à la découverte d'un cancer du rein parmi les patients du groupe de contrôle, en identifiant régulièrement son urine comme un cas de cancer (bien que les examens préalables à l'étude aient été négatifs), relève Tim Cole.
AU DÉPART, UN GRAIN DE BEAUTÉ...
L'idée que des chiens puissent "sentir le cancer" est apparu pour la première fois en 1989, quand deux dermatologues londoniens ont décrit le cas d'une femme, venue pour l'ablation d'un grain de beauté. Elle avait signalé que son chien le reniflait constamment, tout en ne prêtant aucune attention aux autres grains de beauté de sa maîtresse, lorsqu'elle était en pantalon. Un jour, alors qu'elle était en short, son chien avait essayé de mordre ledit grain de beauté. Lequel s'est avéré être un mélanome malin, qui a ainsi pu être diagnostiqué à temps.
En 2001, deux autres médecins britanniques avaient signalé un autre cas : un homme qui souffrait depuis dix-huit ans d'un eczéma sur l'une de ses jambes a remarqué que son labrador s'était soudainement à le renifler constamment. Le patient souffrait en fait d'un cancer de la peau. Une fois la tumeur retirée, le chien s'est désintéressé de la jambe de son maître.
De nombreuses anecdotes similaires ont été signalées depuis, mais l'étude de l'équipe de l'hôpital d'Amersham est le premier test scientifique rigoureux sur le sujet. Et, pour les différents experts consultés suite à l'étude, s'il est peu probable que les chiens deviennent des éléments essentiels dans la lutte contre le cancer, les résultats de l'étude britannique sont néanmoins prometteurs.
Lemonde.fr, avec AFP et AP
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