Peut-on solutionner les problèmes de comportement
par la seule pratique de l’obéissance ?
Le
travail d’éducateur canin (ou de dresseur) consiste à aider les
propriétaires à se faire obéir de leurs chiens. Ce professionnel utilise des
méthodes variées, sur la base des techniques d’apprentissage et de
conditionnement, pour apprendre différentes actions au chien, plus ou moins précises
ou spécifiques : revenir à l’appel de son maître, ne pas tirer sur la
laisse, s’asseoir sur demande, ne bouger que sur ordre ou plus compliqué,
ramener un mannequin qui flotte à terre, chercher un gibier abattu, détecter
de la drogue, trouver des personnes ensevelies.
Le contrôle du chien dans la vie de tous les jours est indispensable pour tous les propriétaires, et ne doit pas être négligé. Quel plaisir de pouvoir emmener son chien partout avec soi, sans craindre de voir des débordements (un chien qui tire comme un fou sur sa laisse ou saute sur tout le monde) gâcher notre cohabitation !
Le comportementaliste s’occupe de la relation qui lie l’homme à l’animal familier (chien, chat, éventuellement cheval, et maintenant les Nouveaux Animaux de Compagnie, à condition d'avoir été formé à chacune de ces espèces). Il s’intéresse au contexte relationnel dans lequel évolue l’animal.
En effet, un comportement
doit toujours être analysé en relation avec le contexte dans lequel il est
apparu. Le travail du comportementaliste reposera donc sur l’écoute,
l’observation du système familial, l’analyse du mode de vie du chien et de
la personnalité de ses maîtres. Grâce à sa connaissance de l’éthogramme
du chien (le répertoire des comportements de l’espèce), le
comportementaliste expliquera aux propriétaires les raisons de certaines
attitudes, et les aidera à réduire et corriger celles qui posent problème.
Ces
deux activités sont donc distinctes l’une de l’autre, mais l’amalgame est
fréquent entre l’éducation de l’animal et la correction de ses
comportements problématiques.
Peut être avez vous déjà entendu ce genre de réflexions : « votre chien est peureux ? Il fait des bêtises à la maison ? Il vous a mordu ? Il fugue ? Prenez quelques leçons de dressage, ça le calmera ! »
Lorsque l’on pratique le dressage avec son chien (certains préfèrent parler d’éducation canine, mais il s’agit toujours d’amener le chien à faire ce que l’humain a décidé pour lui), on utilise le conditionnement au moyen du classique système de récompenses/punitions. On ne demande pas au chien de comprendre, mais d’obéir.
Vouloir résoudre des problèmes de comportement par le dressage, c’est oublier qu’il n’est pas possible de dresser un chien à comprendre. Comprendre qu’il ne doit pas fuguer, ni faire de dégâts quand il est seul, qu’il ne doit pas être agressif avec les autres chiens ni avec les humains, qu’il ne doit pas avoir peur des voitures et cætera.
Lorsqu’un chien produit l’un de ces comportements, c’est que quelque chose, dans son environnement, n’est pas clair pour lui. Il ne trouve pas sa place, il a vécu de mauvaises expériences, ses propriétaires ne sont pas suffisamment respectueux des codes de fonctionnement de son espèce et le font vivre d’une façon qui lui est inconfortable, ils sont incohérents, c’est selon. Et cette liste n’est pas exhaustive…
Si
le chien vit avec ses maîtres dans un contexte incohérent parce que trop éloigné de son fonctionnement naturel, toutes
les séances d’éducation/dressage ne changeront rien. 
Prenons l’exemple de Téhène, un jeune terre neuve d’un an. Vivant à la maison comme un petit roi, bénéficiant de privilèges qui ne devraient pas être réservés aux chiens, il estimait probablement avoir droit à un certain respect. Et pour cause ! Il était habitué à obtenir de la nourriture n’importe quand et n’importe comment, se « servant » dans la poubelle, menaçant toutes les personnes qui s’approchaient du réfrigérateur au point qu’il fallait user de stratégies pour le faire sortir de la maison au moment des repas.
Un jour où sa maîtresse passait près de lui alors qu’il mangeait, il lui a attrapé la jambe et l’a mordue sévèrement.
Le vétérinaire, l’éleveur, et le voisin consultés ont indiqué que le meilleur moyen de régler le problème était de le dresser, pour qu’il comprenne qui est le chef.
Et voilà notre pauvre Téhène soumis aux hurlements de sa maîtresse exigeant de lui qu’il s’asseye et se couche immédiatement (!), et obéisse sans discuter (oui oui, un chien, ça discute les ordres !) sur un terrain de dressage, attaché à une laisse extrêmement courte et entravant ses mouvements.
Qu’a retenu Téhène de cette expérience ?
Avec un peu d’anthropomorphisme, on peut imaginer ceci : « Ma maîtresse n’est pas un chef, puisqu’elle a besoin de crier pour se faire obéir (que pense-t-on d’un leader qui hurle à tout bout de champ, qui est incapable de garder son calme ?). J’obéis parce que je n’ai pas le choix : je suis attaché, et je ne peux pas m’enfuir. De plus, elle m’a amené des friandises, je ne vois pas pourquoi je m’en priverai, si pour les avoir je dois juste m’asseoir et me coucher lorsqu’elle le demande. »
Il ne reste donc à notre petit Téhène qu’à se soumettre pour éviter les cris et recevoir ses récompenses. De toute façon, en rentrant à la maison, il retrouvera son cher canapé, et tout ira mieux.
Bien entendu, après quelques leçons, Téhène ne tirait plus en laisse, maîtrisait à la perfection le sempiternel « assis/coucher/pas bouger/viens ici quand je t’appelle et tout de suite ! ».
A la maison, pas de changement, gare à celui qui s’approche de sa gamelle, son canapé ou son frigo !
C’est
à ce moment là que j’ai été appelée pour tenter de remédier à la
situation, trouver une solution pour réduire les grognements et éviter une
autre morsure.
Certes Madame Téhène a appris à contrôler son chien, et c’est une très bonne chose. Mais on ne s’est pas attaqué au vrai problème en pratiquant des exercices d’obéissance, on a juste masqué les causes réelles du mal.
Il a donc d’abord fallu comprendre ce qui, dans la relation entretenue avec les propriétaires, mettait Téhène dans un état de tension tel qu’il déclenchait de l’agressivité fulgurante à la moindre occasion. Et par la suite, intervenir sur le comportement quotidien des humains pour voir réduire les attitudes gênantes de l’animal[1].
Je le répète : la plupart des comportements indésirables du chien sont le résultat de dysfonctionnements au sein de la relation maître/animal, et les seules techniques de conditionnement/dressage ne sont pas efficaces pour les solutionner.
A l’inverse, lorsqu’un propriétaire souhaite être secondé pour apprendre à son chien à marcher sans tirer sur sa laisse, l’intervention d’un comportementaliste n’est pas nécessaire : l’éducateur est parfaitement compétent pour répondre à cette demande.
Des
interventions pouvant être complémentaires
Lorsque
l’on se trouve dans le contexte d’un chien qui se prend pour le leader de la
famille, que ses propriétaires n’arrivent à gérer ni dans la maison, ni à
l’extérieur, il peut s’avérer utile de coupler une thérapie
comportementale avec des leçons d’éducation.
Le comportementaliste expliquera alors aux maîtres quelles sont les règles de base de la communication et du comportement des chiens, afin de faire en sorte de rendre la situation familiale claire et compréhensible pour tout le monde.
L’éducateur apportera sa compétence pour la partie relevant du dressage proprement dit, par exemple, la maîtrise du sujet en promenade ou dans les lieux publics.
Le comportementaliste et l’éducateur canin sont alors appelés à travailler ensemble pour le bien être de leurs clients et de leurs chiens. Ces deux métiers sont différents et complémentaires dans certaines occasions.
Il en va de la responsabilité de chaque professionnel de reconnaître ses compétences et les limites de ses interventions, devant des clients qui ne saisissent pas toujours ces nuances. Il y a un cadre pour tout, et dans un souci de clarté, mieux vaut ne pas confondre et mélanger les conseils.

[1] Vous aimeriez peut-être savoir de quels conseils il s’agissait ? je préfère éviter de vous les communiquer car ce qui est bon pour un chien ne correspond pas forcément aux besoin d’un autre. Il me faut donc m’adapter, moi aussi, à chaque situation.
article publié pour le journal Landseer Mon Amis, troisième trimestre 2005