Les relations entre dresseur/éducateur et comportementaliste

 

 pour Santé Pratique Animaux de juillet 2004

On confond souvent l’éducation de l’animal et la compréhension de ses comportements. Une mise au point parait nécessaire, puisque même certains professionnels du monde canin s’y perdent.

Le travail d’un éducateur canin consiste à aider les propriétaires à se faire obéir par leurs chiens. Il utilise les méthodes de dressage (notamment les techniques d’apprentissage et de  conditionnement) pour apprendre différentes actions au chien : revenir à l’appel de son maître, ne pas tirer sur la laisse, s’asseoir sur demande, ne bouger que sur ordre, etc.

Le comportementaliste quant à lui, s’occupe de la relation qui lie l’homme à l’animal familier (chien, chat, éventuellement cheval). Sachant que l’apparition de comportements non désirés est souvent le fruit de problèmes existant dans tout le système familial, il s’intéresse au contexte relationnel dans lequel évolue l’animal. D’autre part, ayant étudié l’éthogramme de l’espèce en question (c’est le répertoire des comportements d’un animal), il l’explique aux propriétaires parfois démunis devant certaines attitudes émises, et les aide à réduire, voire corriger celles qui posent problème.

Chacun son rôle….

Nombre de comportements indésirables du chien sont le résultat de dysfonctionnements au sein de la relation maître/animal, et les seules techniques de conditionnement ne sont pas efficaces pour les solutionner. Par exemple, en présence de comportements autocentrés, comme les léchages excessifs ou l’automutilation : en quoi un dressage pourrait il réduire l’angoisse de votre compagnon ? En rien. Et qu’en est il du cas d’un individu ayant acquis depuis longtemps les règles de propreté dans la maison, qui devient soudainement malpropre ? ou encore de celui qui s’adonne aux destructions du foyer en l’absence des maîtres ? Il s’agit d’abord de comprendre ce qui, dans la relation entretenue avec les propriétaires, le met dans un tel état, pour mieux intervenir sur le quotidien des uns et des autres et réduire ces attitudes gênantes. Le faire tourner en rond dans un cours de dressage n’arrangera rien à ces problèmes.

A l’inverse, lorsqu’un propriétaire demande à être secondé pour apprendre à son chien à marcher sans tirer sur sa laisse, l’intervention d’un comportementaliste n’est pas nécessaire : l’éducateur est compétent pour ce type de tâches.

Mais des interventions pouvant être complémentaires

Par contre, lorsque l’on se trouve dans le contexte d’un chien qui se prend pour le leader de la famille, et que ses propriétaires n’arrivent à contrôler ni dans la maison, ni à l’extérieur, il peut s’avérer utile de coupler une thérapie comportementale avec des leçons de dressage. Le comportementaliste expliquera alors aux maîtres quelles sont les règles de base de la communication canine et du comportement, afin de faire en sorte de rendre la situation hiérarchique claire et compréhensible pour le chien. L’éducateur apportera sa compétence pour la partie relevant du dressage proprement dit, par exemple, la maîtrise du sujet en extérieur.

Le comportementaliste et l’éducateur canin sont alors appelés à travailler ensemble pour le bien être de leurs clients. Ces deux métiers sont différents et complémentaires, dans certaines occasions.

Double compétence ?

Un comportementaliste peut proposer à ses clients des cours d’éducation canine, tout comme un éducateur canin peut proposer ses services en tant que comportementaliste. A la seule condition d’avoir suivi une formation sérieuse pour chacune de ces deux activités, car il ne suffit pas d’avoir de l’expérience au contact des chiens (même des années !) pour connaître tous leurs comportements et savoir les corriger.

Accepterions nous l'idée qu'un professeur des écoles puisse se dise pédopsychiatre simplement parce qu'il côtoie des enfants depuis 20 ans, sans jamais avoir suivi de formation sur la psychologie de l'enfant ou de l'adolescent ? C'est pourtant bien ce que certains voudraient nous faire appliquer aux chiens....

Il est de la responsabilité de chaque professionnel de reconnaître ses compétences et les limites de ses interventions, devant des clients qui ne saisissent pas toujours ces nuances. Pour ma part, ayant suivi des formations me permettant de coupler les deux activités, je ne donne que très rarement des conseils en ce qui concerne les questions de comportement lors des séances d’éducation. Il ne parait pas sérieux ni professionnel de donner quelques recettes à l’emporte pièce entre deux leçons de « assis » et de « pas bouger ».

 

Laurence Bruder Sergent, comportementaliste

Région Alsace

http://www.comportement-canin.com

email : info@comportement-canin.com

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