Autobiographie d'une épouvantail et la question de l'obéissance
pour les Dernières Nouvelles d'Alsace du 7
décembre
Dans son dernier livre, « autobiographie d’un
épouvantail », Boris Cyrulnik nous livre à nouveau
des paroles pleines de sagesse, qui peuvent être
extrapolées aux relations Hommes/Chiens.
Ainsi, il explique la différence entre l’obéissance
et la soumission. Dans le premier cas, un individu
accepte
de faire ce qu’un autre lui demande, il consent à
satisfaire la demande qui lui est faite. Dans la
soumission par contre, il est
contraint
de faire ce que l’autre veut. Pour transposer ce
concept sur notre relation au chien, il suffit de
prendre un cliché d’une séance de dressage pour
méditer sur la question. Quand certains chiens, une
fois qu’ils se sont habitués aux règles ritualisées
de l’obéissance dans un cadre précis, semblent y
prendre du plaisir, d’autres tremblent de peur tout
en se soumettant.

Mais oui, ils obéissent ! parce que l’obéissance est tranquillisante : « désobéir provoque un stress », c’est encore Boris Cyrulnik qui le précise. « Je t’obéis pour rester près de toi, parce que ton affection me donne confiance en moi ». Nos chiens savent pertinemment ce qui nous fait plaisir, ils identifient clairement notre colère ou notre satisfaction. Surtout que certaines personnes sont très expressives, n’hésitant pas à féliciter de la voix et à l’aide de récompenses.
On peut donc se poser la question suivante : dans quelle mesure les chiens se conforment-ils à nos demandes, parce que cela leur plait ou parce que cela leur plait que cela nous plaise ?
Nous savons que les chiens développent des compétences supplémentaires (par rapport à celles qu’ils utilisent entre chiens) pour interagir avec nous, notamment en accentuant leurs signaux habituels de communication. Tentent-ils de s’ajuster à nous qui avons tant de mal à les comprendre ?
L’obéissance n’a rien à voir avec la dominance (ce n’est pas parce qu’il obéit qu’il nous reconnaît comme son leader), la soumission n’induit pas le respect (il se conforme à la demande parce qu’il a peur des conséquences éventuelles). Si nous savons que la présence d’un cadre est sécurisante pour tout le monde, que la soumission à des règles est rassurante, nous savons aussi que l’autoritarisme génère de l’anxiété et du stress, ce qui est malsain et ne donne pas de résultats probants dans la durée.
Nos chiens font preuve d’une adaptabilité exemplaire en cohabitant avec nous. Parfois ils n’y parviennent pas, et c’est à ce moment-là qu’un comportementaliste pourra intervenir, pour réorienter le regard de l’Homme et lui faire prendre la mesure des contraintes bien involontairement qu’il impose à son animal.